Le soir, papa assiste à mon repas, il m'explique ce qu'il faut faire pour être plus habile, mais ce que j'aime le plus, c'est qu'il me parle comme à un grand : même si je ne peux pas lui répondre, c'est important pour nos rapports futurs.
Après mon repas, j'assiste quelques minutes au déjeuner des adultes. J'ai l'air de jouer et de penser à tout autre chose, mais j'observe ce qu'ils font et ce qu'ils mangent et, avec mon petit doigt, je goûte ce qu'ils ont dans l'assiette. Et beaucoup de choses que je repousse maintenant, parce que le goût me surprend ou que la consistance m'inquiète, je les mangerai sans difficulté si elles viennent de ton assiette et si tu acceptes ce petit larcin avec le sourire.
C'est ainsi que je découvre la nourriture des grands et leur manière d'être à table, car un jour je ferai comme eux.
Papa et maman, je l'ai remarqué, ont choisi de me laisser faire mon apprentissage sans trop me gronder ni me forcer. J'ai beaucoup de chance, car je conserve ainsi le plaisir de manger.
Certaines mamans, paniquées par les dégâts que je provoque, m'auraient refusé cette cuillere que je récalme. Je serais peut-être devenu un petit garçon passif, me laissant nourrir sans intérêt et sans plaisir. Ce désintérêt aurait pu se répercuter sur l'ensemble de mes activités, retardant ainsi mon évolution.
Ou bien, choisissant la révolte, j'aurais pu me consoler de ces contraintes et frustrations en attirant l'attention sur moi par le refus systématique de toute nourriture. Chaque repas serait alors devenu une bataille rangée entre moi et les autres.
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