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L’avis de bébé

vendredi 25 janvier 2013, par Marie-Sophie

Il n’y a pas bien longtemps, j’étais encore un tout petit et maman me nourrissait sans trop de problèmes. Maintenant, j’ai 1 an et j’ai plutôt envie de jouer, d’abord parce que ma croissance ralentit (c’est la pause d’1 an et cette année je grandirai et grossirai 2 fois moins que l’année passée) mais surtout parce que le jeu est pour moi un outil indispensable pour explorer le monde.

Entre 12 et 15 mois, je découvre les aliments

Juché sur ma chaise, je palpe, je malaxe, je touche, je frappe tout ce qui se trouve à ma portée et particulièrement le contenu de mon assiette.

Mes mains découvrent ainsi le chaud et le froid, le doux et le rugueux, à travers la viande que j’écrase ou la purée dans laquelle je plonge mes doigts. J’apprends aussi que toutes ces choses se transforment dans ma bouche et je recrache quelques fois mon jambon, histoire de voir ce qu’il est devenu, et surtout pour observer ces morceaux qui me donnent dans la bouche une sensation différente de la purée ou de la bouillie

Parfois je refuse encore ces aliments solides qui peuvent m’inquiétersi j’ai l’impression qu’ils risquent de rester coincés dans ma gorge.

N’insiste pas trop alors mais pose simplement dans mon assiette quelques petits morceaux de jambon ou de pomme que je prendrai moi-même dans ma main et que je mâcherai quand l’envie m’en predra. Peut-être aussi je refuserai tous les morceaux que tu me donnes mais j’irai te"voler" ceux que je trouve dans ton assiette.

Pendant ce temps, sans que j’y prête la moindre attention, tu me nourris à la cuillère car, de tout ce que je manipule, bien peu arrive dans mon estomac. Mais si tu me laisses jouer de la sorte, c’est que de telles expériences sont importantes pour mon développement et tu m’observes d’autant plus tranquillement que tu m’as installé dans un coin de la cuisine facile à nettoyer.

J’aime manipuler les aliments mais quand j’exagère et que je tapisse les murs de crème au chocolat, tu m’interromps par un "non" tranquille mais décidé.

Vers 18 mois, je veux manger seul

Ce midi, j’ai tourné la tête quand la cuillere s’est approchée et j’ai fait comprendre très énergiquement que le temps où j’étais bébé est bien terminé. Mainenant, je suis assez grand pour me débrouiller seul.

J’ai envie d’être indépendant. Tu penses que je suis encore trop maladroit pour me passer totalement de ton aide. Tu n’as pas tout à fait tort mais moi-même je ne sais pas trop où j’en suis. Alors il ne t’est pas facile de deviner ce que je souhaite vraiment. Par exemple, l’aure jour j’essayais d’attraper un petit ois avec ma cuillere, tu sais, celle qui me servait de jouet il y a peu de temps. Comme je n’y parvenais pas, je me suis fâché, j’étais furieux d’échouer, de me sentir impuissant, quand personne ne venait à mon secours. Mais quand ta main est venue m’aider, je me suis révolté : je veux y arriver moi-même.

Alors, quand tu m’alimentes, donne-moi toujours une cuillere : pendant que je joue à manger ou à te faire manger, j’accepte plus facildement d’ouvrir la bouche.

En fait, j’ai presque au même instant le désir de réussir seul et le désir que l’aide dont j’ai besoin arrive. Et puis quand ça ne va pas, je suis en rage contre toi qui décidément ne comprends rien. Je le vois bien à ton air perplexe, tu te demandes ce qui pourrait bien m’apaiser. Peu de choses en fait et mes colères passront seules peu à peu si tu sais me parler, m’encourager, me féliciter ou me consoler d’un câlin quand tu me sens malheureux.

Les repas des "grands" sont riches d’enseignements
Le soir, papa assiste à mon repas, il m’explique ce qu’il faut faire pour être plus habile, mais ce que j’aime le plus, c’est qu’il me parle comme à un grand : même si je ne peux pas lui répondre, c’est important pour nos rapports futurs.

Après mon repas, j’assiste quelques minutes au déjeuner des adultes. J’ai l’air de jouer et de penser à tout autre chose, mais j’observe ce qu’ils font et ce qu’ils mangent et, avec mon petit doigt, je goûte ce qu’ils ont dans l’assiette. Et beaucoup de choses que je repousse maintenant, parce que le goût me surprend ou que la consistance m’inquiète, je les mangerai sans difficulté si elles viennent de ton assiette et si tu acceptes ce petit larcin avec le sourire.

C’est ainsi que je découvre la nourriture des grands et leur manière d’être à table, car un jour je ferai comme eux.

Papa et maman, je l’ai remarqué, ont choisi de me laisser faire mon apprentissage sans trop me gronder ni me forcer. J’ai beaucoup de chance, car je conserve ainsi le plaisir de manger.

Certaines mamans, paniquées par les dégâts que je provoque, m’auraient refusé cette cuillere que je récalme. Je serais peut-être devenu un petit garçon passif, me laissant nourrir sans intérêt et sans plaisir. Ce désintérêt aurait pu se répercuter sur l’ensemble de mes activités, retardant ainsi mon évolution.

Ou bien, choisissant la révolte, j’aurais pu me consoler de ces contraintes et frustrations en attirant l’attention sur moi par le refus systématique de toute nourriture. Chaque repas serait alors devenu une bataille rangée entre moi et les autres.

J’apprends à me nourrir

Les adultes qui m’entourent souhaitent de plus en plus apprendre à se nourrir correctement. Tu entends parler de diététique, d’hygiène alimentaire, voire même de régime. Moi aussi je suis concerné par toutes ces recherches et c’est dès aujourd’hui qu’il faut me faire profiter de ces informations en m’apprenant à manger avec intelligence.

C’est à mon âge que l’on crée les habitudes alimentaires bonnes ou mauvaises mais c’est aussi dès maintenant que mon organisme s’adapte. Ainsi on sait aujourd’hui que me nourrir dès les premiers mois avec un lait trop riche en sucre peut influencer mon goût pour le "sucré". De même, des farines données trop tôt ou en trop grande quantité auront peut-être des conséquences pour ma santé dans quarante ou cinquante ans.

Cela pour plusieurs raisons : comment effectivement ne conserverais-je pas un goût prononcé pour ce qui est lié à mes premiers plaisirs d’être humain ? Le biberon ou la bouillie ne sont-ils pas venus, dans mes premières semaines, me consoler lorsque j’avais faim et que je souhaitais une précence réconfortante ? C’est aussi dans mes premiers mois que se constitue mon stock de cellules graisseuses.